Smartphone ouvert sur ChatGPT affichant « What can I help with? », posé devant un ordinateur, le point de départ de qui veut créer son site avec l'IA

Créer un site avec l'IA : ce que l'outil ne voit pas

Tech & IA· 15/10/26 · 10 min

J'ai demandé à Claude le site d'un menuisier à Calais. Résultat propre en quelques minutes, mais sans SEO, sans RGPD et avec un formulaire qui n'envoie rien.

Sommaire
  1. 01Le test : le site d’un menuisier à Calais
  2. 02« Ça suffira pour être visible ? » — Non
  3. 03Et si on lui demande d’améliorer le référencement ?
  4. 04Conclusion du test : possible, mais à quel prix ?
  5. 05Quand un site fait par IA suffit vraiment
  6. 06Quand ça ne suffit plus
  7. 07Un outil, pas un prestataire

Oui, on peut créer un site avec l’IA. Et pour être honnête, c’est un bon outil : je m’en sers moi-même tous les jours, et il fait gagner un temps considérable. Avec une simple demande, Claude ou ChatGPT produisent en quelques minutes une page propre, lisible sur mobile, qui fait illusion au premier coup d’œil.

Mais quand l’objectif est de vendre un service ou un produit, ça ne suffit pas toujours. Pas parce que l’IA travaille mal, mais parce qu’elle ne répond qu’à ce qu’on lui demande. Et la plupart de ce qui fait réussir un site ne se voit pas à l’écran, donc personne ne pense à le lui demander.

Le test : le site d’un menuisier à Calais

J’ai joué le rôle d’un artisan qui veut se débrouiller seul, avec le brief qu’il écrirait : « Je suis menuisier à Calais, je fais de l’agencement sur mesure et de la pose de cuisine. Crée-moi un site internet professionnel avec mes services, une galerie et un formulaire de contact. »

Le résultat, sur Claude, est encore plus basique que ce que j’attendais. Une seule page : un en-tête « Atelier Menuiserie Calais », une accroche, trois cartes de services, une galerie… sans aucune photo, juste des cases grises légendées « Emplacements réservés à vos photos de chantiers », trois arguments (« Artisan local », « Devis gratuit », « Travail soigné ») et un formulaire de devis. Sobre, propre, rien de choquant.

En y regardant de plus près, le formulaire vérifie seulement que les champs sont remplis, puis affiche : « Demande envoyée. Vous serez recontacté sous 24 heures. » Rien n’est envoyé nulle part. La page invente aussi des engagements que l’artisan n’a jamais pris (« réponse sous 24 heures », « délais respectés »), un numéro fictif en 03 00 00 00 00 et une adresse email sur un nom de domaine qu’il ne possède pas.

Avec la page, Claude livre ses recommandations pour la suite. Il y en a quatre : remplacer les informations par les vraies, connecter le formulaire, mettre le site en ligne, relier un nom de domaine. Pas un mot sur le référencement. À ce stade, un artisan peut légitimement penser qu’il est à quatre petites étapes d’avoir un site qui lui amène des clients.

« Ça suffira pour être visible ? » — Non

J’ai posé la question que tout artisan se poserait. Claude répond sans détour : « Non, un site seul ne suffit pas. » Puis il liste ce qu’il faudrait : une fiche Google Business Profile complète, des avis clients demandés après chaque chantier, le nom de la ville dans les titres, une page par service et par commune, une déclaration dans Google Search Console, les mêmes nom, adresse et téléphone partout. Et de la patience : « plusieurs semaines à quelques mois ».

La réponse est juste. Mais elle révèle le problème : l’IA savait tout ça, et rien n’était dans la page qu’elle venait de produire. Il a fallu poser la bonne question pour le découvrir.

Mon verdict, sans exagérer : en l’état, ce site est terminé à 5 %. Même en suivant les quatre recommandations de départ, il n’a aucune chance d’être visible sans un vrai travail de référencement.

Et si on lui demande d’améliorer le référencement ?

Suite logique : « Tu peux améliorer le site pour qu’il soit bien référencé sur Google ? »

Première surprise, Claude prévient que l’aperçu montré jusque-là « ne peut pas contenir les éléments invisibles du référencement ». Autrement dit, la première version ne pouvait de toute façon pas être mise en ligne telle quelle. Il fournit donc un vrai fichier index.html.

Et il faut le reconnaître, le travail est sérieux : un titre et une description Google contenant « menuisier Calais », une hiérarchie de titres propre, des données structurées d’entreprise locale, une section par service, une zone d’intervention avec les communes voisines, des images avec texte alternatif et chargement différé, une FAQ, un formulaire branché sur un service d’envoi. Techniquement, on passe d’une maquette à une vraie base.

C’est là que les problèmes commencent pour quelqu’un qui n’est pas du métier.

Un fichier de code à compléter soi-même

La réponse, c’est environ 200 lignes de HTML avec près de 25 champs entre crochets à remplacer : [NOM] six fois, [VOTRE-DOMAINE] cinq fois, le téléphone dans trois formats différents (+33[NUMERO-SANS-0] d’un côté, [03 00 00 00 00] de l’autre). Dont une partie au milieu des données structurées, où un guillemet ou une virgule de travers casse tout sans le moindre message d’erreur visible.

Mettez-vous à la place d’un menuisier qui n’a jamais ouvert un fichier HTML. Par où commencer ? Dans quel logiciel ouvrir ce fichier ? Faut-il garder les crochets ou les supprimer ? Que veut dire « numéro sans le 0 » ? Ce qui est entre <script> doit-il être touché ? Chaque crochet oublié s’affichera tel quel sur le site, ou finira dans les informations transmises à Google. Ironie : Claude recommandait juste avant d’avoir les mêmes nom, adresse et téléphone partout, et c’est à l’artisan de garantir cette cohérence, à la main, dans du code qu’il ne sait pas lire.

Aucun historique, aucun retour en arrière

Et une fois le fichier rempli, chaque modification redevient une petite opération à risque. Pas de versionnage, pas d’historique des changements : si une modification casse la page, impossible de revenir simplement à la version qui marchait. Il faut se souvenir de ce qu’on a changé, ou avoir pensé à faire une copie avant.

Pire : pour ajouter une page ou une section, le réflexe sera de redemander à Claude, qui renverra un fichier complet… avec ses crochets d’origine. Soit on recommence tout le remplissage, soit on tente de fusionner à la main l’ancien et le nouveau fichier, ligne par ligne. Ajouter une réalisation ou changer un horaire, ce qui devrait prendre deux minutes, devient une session de copier-coller où l’on ne sait jamais vraiment ce qu’on vient d’écraser. Dans mon métier, c’est précisément pour ça que chaque site est versionné : chaque changement est tracé, et revenir en arrière prend quelques secondes.

Un plan en six étapes, chacune un métier

Pour la suite, Claude propose un plan : remplacer les crochets et ajouter des photos compressées, créer un compte sur un service de formulaire, mettre le site en ligne sur un hébergeur, brancher le nom de domaine, déclarer le site dans Search Console, créer la fiche Google Business Profile, rédiger les mentions légales. Chaque étape est simple quand on l’a déjà faite. Pour un menuisier qui découvre, c’est un week-end de tutoriels, de réglages DNS et d’incertitude sur le résultat.

Ce qui manque encore

Même en suivant tout à la lettre, il reste des trous qu’un non-initié ne verra pas :

  • le lien vers les mentions légales pointe vers une page qui n’existe pas : à créer soi-même ;
  • le formulaire envoie désormais les nom, téléphone et email à un service tiers, sans aucune information RGPD sous le formulaire ni politique de confidentialité ;
  • des horaires (du lundi au vendredi, 8 h - 18 h) ont été ajoutés dans les données structurées sans que personne ne les ait donnés : c’est Google qui les lira ;
  • la promesse « réponse sous 24 h » est maintenant inscrite dans la description qui s’affichera dans les résultats de recherche.

Le vrai référencement local commence après

Une seule page pour cibler sept communes et trois services, c’est peu. Claude le dit lui-même : il faudra ajouter des pages dédiées « quand le site tourne ». Et ensuite collecter des avis, suivre ses positions, ajuster ses textes, publier. Le référencement n’est pas une case à cocher à la création, c’est un travail continu. L’IA peut aider à chaque étape, mais à condition de savoir à chaque fois quoi lui demander, et de pouvoir vérifier si la réponse est juste. Une erreur qui ne se voit pas reste en ligne.

Conclusion du test : possible, mais à quel prix ?

Soyons honnêtes : oui, avec de la motivation, un abonnement à Claude et beaucoup, beaucoup d’échanges, un artisan pourrait arriver à une base solide. L’outil a les connaissances, il l’a prouvé à chaque relance.

Mais il faut savoir poser la bonne question au bon moment, relire du code qu’on ne comprend pas, recoller des fichiers en croisant les doigts, revenir dix fois sur la même section parce qu’une modification en a cassé une autre. Pour quelqu’un dont le métier est de poser des cuisines, pas d’écrire du HTML, c’est le meilleur moyen de s’arracher les cheveux, et vite. Et chaque soirée passée là-dessus est une soirée qui n’est pas passée sur un chantier ou avec un client.

Et encore : tout ce test ne couvre qu’un tiers du travail, la partie technique. Les deux autres tiers n’ont même pas été abordés :

  • le design : une identité visuelle cohérente avec le métier et le positionnement, pas une palette beige et une police système. Pour un menuisier qui vend du sur-mesure, le site doit montrer le soin du détail avant même qu’on lise un mot. Et ce design doit tenir sur tous les écrans, du grand moniteur au téléphone tenu d’une main sur un chantier, pas seulement « s’empiler » sur mobile ;
  • le parcours client : ce que le visiteur voit en premier, ce qui le rassure, à quel moment on lui propose de demander un devis, combien de champs il accepte de remplir avant d’abandonner. C’est ce qui transforme une visite en demande de devis, et ça se pense page par page, pas en ajoutant un bouton.

Un site techniquement irréprochable mais visuellement générique et mal pensé pour le visiteur restera un site qu’on quitte sans appeler.

Quand un site fait par IA suffit vraiment

Je le dis sans réserve : il y a des cas où ce résultat est largement suffisant.

  • Une page perso ou un CV en ligne, sans enjeu de visibilité.
  • Un événement ponctuel : un mariage, une fête de village, une page qui vivra trois mois.
  • Valider une idée avant d’investir : tester un concept, voir si un message accroche.
  • Préparer un brief : arriver chez un développeur avec une maquette générée, même imparfaite, fait gagner du temps à tout le monde.

Dans ces situations, payer un site sur mesure serait disproportionné. L’IA fait très bien le travail.

Quand ça ne suffit plus

La bascule est simple : dès que le site doit faire venir des clients, et pas seulement exister. Être trouvé sur Google dans sa ville, inspirer confiance à quelqu’un qui compare trois prestataires, recevoir réellement les demandes de devis, protéger les données de ses clients, évoluer avec l’activité sans repartir de zéro.

Le test le montre bien : l’IA sait faire beaucoup, mais elle avance demande par demande, et c’est à vous de savoir quelle est la suivante. Entre la stratégie SEO, le code, le balisage, l’hébergement, la sécurité et le RGPD, c’est un travail fastidieux et chronophage, pris sur le temps de son vrai métier. C’est précisément ce que couvre une création de site vitrine pensée pour un artisan ou un indépendant.

Un outil, pas un prestataire

Au fond, l’erreur est de prendre l’IA pour un employé ou un prestataire à qui l’on confie un projet. C’est un outil. La calculatrice et l’ordinateur n’ont pas remplacé les mathématiciens. L’informatique de bord n’a pas remplacé le pilote dans le cockpit. Ces outils simplifient, accélèrent, améliorent la productivité, mais ils ont tous besoin d’être entre de bonnes mains pour donner un bon résultat.

Un mot d’honnêteté pour finir : je suis développeur, je n’ai évidemment pas intérêt à dire le contraire, gardez-le en tête en me lisant. Je ne suis pas contre l’IA pour autant : je l’utilise moi-même pour beaucoup de tâches, et comme je l’expliquais à propos des skills Claude Code, elle travaille chez moi avec un contexte précis et des vérifications systématiques, pas à ma place. Ce que je partage ici est un point de vue, pas un jugement. Je comprends parfaitement qu’on se tourne vers l’IA pour des raisons budgétaires, pour créer un logo ou un premier site à moindre coût. Simplement, comparer les deux résultats n’a pas de sens : ce n’est pas le même produit.

La différence entre un site généré et un site qui vend, c’est tout ce que l’outil ne voit pas tant qu’on ne sait pas le lui montrer.

Alexis Pennel, développeur web freelance à Calais

Alexis Pennel

Développeur web freelance près de Calais. Je conçois des sites vitrines, des e-commerce et des applications web sur mesure, pour des indépendants comme pour des PME.

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